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Les Gorges du Tigre : l’alternative à la foule

On est arrivés dans le Yunnan avec très peu d’informations. Quelques photos vues à droite à gauche, une idée vague de paysages spectaculaires, et surtout l’envie de nouveauté. Les Gorges du Tigre faisaient partie du programme depuis longtemps, presque notées machinalement, sans vraiment savoir ce qui nous attendait. Avec le recul, c’est sûrement aussi ce qui a rendu l’expérience aussi forte. On t’a concocté une carte avec tout notre parcours juste ici.


Jour 1


On est partis tôt de Shangri-La, en bus. Le trajet dure entre deux et trois heures et on arrive en milieu de matinée à l’entrée principale des Gorges du Tigre. Pas besoin de passer par le guichet, le bus est assez rempli pour qu’un contrôleur monte directement à bord et encaisse les entrées. On paie 90 yuans pour deux, et l’aventure commence sans transition.


Sur place, on choisit de ne pas prendre l’escalator. Tout se fait à pied, tranquillement, et très vite on comprend que c’était le bon choix. La descente est facile, bien aménagée, et surtout elle permet de prendre le temps. En bas, ceux qui ont pris l’escalator nous rejoignent, et pendant quelques minutes, c’est un peu la cohue pour les photos. Puis ça se vide. Les gens avancent, repartent, et on se retrouve rapidement avec de l’espace pour observer, s’arrêter, regarder l’eau filer entre les rochers. On est là fin novembre, début décembre. Pas de grosses pluies, pas de mousson, pas de fonte des neiges. L’eau n’a rien à voir avec les images qu’on voit partout, celles d’un fleuve brun et furieux. Ici, elle est bleu clair. Le débit reste impressionnant, mais il faut le savoir : l’aspect du fleuve dépend énormément de la saison.



Comme souvent en Chine, on sent très vite que le lieu est pensé pour la photo. Les plateformes, les angles, les points de vue sont évidents. On fait les nôtres, on en rigole, on profite quand même du moment, mais on voit bien que pour beaucoup, l’expérience s’arrête là. Deux heures sur place, un aller-retour, et retour au bus. De notre côté, on est là pour marcher, et cette étape n’est clairement que le début. On remonte par les escaliers. C’est physique, mais largement faisable. Les marches sont larges, les paliers réguliers, et le dénivelé reste raisonnable. Comme il est déjà tard pour attaquer le trek, on grignote sur place, trois nuggets chacun, juste histoire de ne pas partir à vide. Ce n’est pas un vrai repas, mais ça suffit pour avancer.


En sortant du parking, dos aux gorges, une route part sur la droite. Elle est en travaux quand on y est, mais si elle est rouverte quand tu passes, prends-la sans hésiter, c’est un énorme raccourci. De notre côté, on n’a pas ce luxe, et on doit remonter par la route empruntée par les bus. Ce n’est pas très agréable, parfois un peu vertigineux, mais ça se fait. À un moment, on arrive devant un tunnel d’environ deux kilomètres. On n’est pas sûrs d’avoir le droit de le traverser à pied, alors on demande à un garde, traducteur à l’appui. Il nous confirme que c’est possible. Il y a des trottoirs, les voitures roulent vite, les camions klaxonnent, c’est bruyant, mais c’est plat, et en une vingtaine de minutes c’est réglé. Et surtout, après ça, les paysages s’ouvrent complètement.



Juste après le tunnel, on bifurque pour rejoindre le sentier du trek. L’ascension commence vraiment là. Pendant une bonne heure, on enchaîne les lacets pour prendre de la hauteur. C’est clairement la partie la plus fatigante de la journée. On est hors saison, et ça se sent. Les villages sont calmes, presque vides. Les rares restaurants sont fermés. On tente d’entrer dans l’un d’eux, on se fait dévisager par une petite dame, sans vraiment pouvoir communiquer. Personne ne parle anglais, on repart. On décide donc de continuer jusqu’à l’auberge. Il y a bien quelques vendeurs de fruits sur la route, de l’eau un peu partout, mais rien qui remplace un vrai déjeuner. Ensuite, le chemin devient plus doux. Ça ne monte presque plus, ça ne descend pas vraiment non plus. On marche à flanc de montagne, avec une vue quasi constante sur la vallée et la rivière en contrebas. On croise très peu de monde, c’est super agréable après tout ce brouhaha dans les gorges.


On arrive à l’auberge vers 15 h. On a réservé sur Trip.com dix minutes avant d’arriver, ce qui explique sans doute pourquoi personne ne nous attend. L’adresse est mal indiquée, la route n’apparaît même pas sur Amap. On finit par trouver quelqu’un de la famille, on explique qu’on vient de réserver, et tout s’arrange. On demande timidement s’il est encore possible de manger. Elle rigole, nous regarde, et nous dit que les gens comme nous prennent souvent le porc croustillant et la saucisse. On dit oui.



Quand les plats arrivent, on comprend qu’on a largement sous-estimé les quantités. C’est énorme. Après quelques nuggets plus tôt, on se retrouve avec une table bien trop remplie. Le porc croustillant est excellent et la saucisse, mon dieu la saucisse, on ne réfléchit même pas, c’est la meilleure qu’on ait jamais mangée. Et pourtant, on n’est pas spécialement amateurs de saucisse. On finit difficilement, bien calés, presque KO. L’après-midi est calme. On s’installe au soleil devant la chambre, puis la gérante insiste pour qu’on monte sur le toit. Le rooftop est simple, deux transats, rien de plus. Mais la vue est dingue. Face à nous, les montagnes prennent les couleurs du coucher de soleil, avec la Montagne du Dragon de Jade juste en face. On sort le drone, on regarde les couleurs changer, le jour tomber. La nuit arrive vite. Toujours aussi pleins après le déjeuner, on décide de ne pas dîner. On descend prévenir et commander le petit déjeuner du lendemain. Dans la chambre, pas de chauffage mais un matelas chauffant. La chaleur là où il faut. On dort très bien.



Jour 2


Le matin, on n’a toujours pas faim après le festin de la veille. Quand Arthur avait commandé, elle nous avait conseillé le gâteau. Un peu surpris, il avait demandé si ça suffirait pour deux. Elle avait répondu oui. Ce qu’on n’avait pas compris, c’est que ce serait le gâteau entier. Un énorme gâteau, très dense, presque étouffant, avec un petit pot de miel sauvage, encore plein de morceaux de ruche. Arthur se régale. Il dit direct que c’est l’un des meilleurs miels qu’il ait goûtés et en même temps c’est produit localement. On mange chacun une part et on rend le reste. Impossible de l’emporter, on termine le trek aujourd’hui.



On se lance sur la route aux alentours de 9h et on est seuls au monde. Il faut faire attention car les chemins sont beaucoup plus à risque qu’hier, il faut parfois marcher sur de gros cailloux et faire attention aux chevilles ou au vide à côté. On croise un spot photo qui est très prisé mais aujourd’hui il n’y a personne. Attention le rocher de la photo ne fait que 50cm de large, ça rend la chose un peu périlleuse…100 m plus loin, c’est la cascade en plein milieu du chemin qui nous surprend, pas sûre qu’elle soit très naturelle mais ça fait du bien de voir un peu d’eau dans les hauteurs.



1h30 plus tard, nous voilà arrivés chez Tina Guesthouse, point de passage obligatoire pour les bus. On avait laissé nos gros sacs dans le bus venant de Shangri-La, notre hôte avait demandé qu’ils soient déposés chez Tina puisque tous les bus y passent. En arrivant, mauvaise surprise : nos sacs ne sont pas là. Ils ont été laissés à la gare avec les autres, en attendant leurs propriétaires. Sur le moment, ça agace. Même si en Chine la sécurité est omniprésente et qu’on ne s’inquiète pas vraiment de perdre nos affaires, quand un accord n’est pas respecté, ça déstabilise toujours un peu.


En réservant notre bus retour chez Tina, on apprend aussi que les moyennes gorges, qu’on voulait absolument voir sur conseil de notre hôte, sont fermées par décret gouvernemental. Déception rapide, mais il reste les petites gorges. On a du temps avant le bus de 14 h 30, alors on y va. Les indications sont floues, on fait quelques kilomètres de trop, on perd un peu de temps, on s’engage même brièvement sur un chemin interdit avant d’être réorientés. Finalement, on trouve le bon itinéraire.



La descente vers les petites gorges est un vrai plaisir. Un peu de goudron au début, puis la forêt, les rizières, les mules chargées de foin. Tout est calme. En bas, on est seuls. Complètement seuls. L’eau est là, à nos pieds, et le débit est tout aussi impressionnant que dans les gorges principales. On descend sur les rochers, on prend des photos. Quand Arthur s’avance sur un rocher central, on comprend vraiment l’échelle. L’homme est minuscule face au fleuve. On remonte assez vite, parce que l’heure tourne. La montée est plus longue, mais les panneaux tous les 500 mètres sont là pour motiver. On arrive chez Tina vers 13 h 40, juste à temps pour déjeuner sur la terrasse, au soleil. Puis on récupère le bus sans difficulté, billet en main, direction Lijiang. Le bus parcours en 15min ton parcours de deux jours, quelle ironie on comprend mieux pourquoi les touristes ne marchent plus.



En quittant les Gorges du Tigre, on se rend compte à quel point le Yunnan nous a surpris. On n’avait presque aucune attente, aucune image précise en tête, et on a découvert une Chine qu’on n’imaginait pas. Des paysages immenses, une nature brute, une autre manière de voyager. Ces deux jours n’étaient qu’une étape, mais ils ont posé pas mal de choses. On continue la route, on continue la Chine, avec encore plus de curiosité qu’au départ.



Dernière chose, très concrète mais essentielle : le VPN. En Chine, avec une carte SIM locale, tu n’as tout simplement pas accès à Google, Google Maps ni aux réseaux sociaux. Si tu veux utiliser notre carte ou préparer tes trajets, un VPN est indispensable. De notre côté, on a utilisé VPN Express, un VPN chinois, étonnamment le seul qui ait vraiment fonctionné pour nous. Deux appareils en simultané, abonnement premium à environ 7 € pour le mois. Sans ça, le voyage aurait été beaucoup plus compliqué.