Avant de commencer à te raconter notre expérience, on aimerait un peu contextualiser le festival. Le Chhath est une célébration hindoue dédiée à Surya, le dieu du soleil, à travers laquelle les familles remercient non seulement la lumière et la vie qu’il apporte, mais aussi la nature dans son ensemble, l’eau, la terre, les cycles naturels, dont dépend l’équilibre du monde et des êtres vivants. Cela qui se déroule principalement au Népal et dans le nord de l’Inde à l’automne. Le mot Chhath vient d’un ancien hindi et signifie six, parce que le festival tombe le sixième jour après la pleine lune du mois de Kartik (oct-nov).
Jour 1 – Nahay Khay - Le jour de la purification
- Les participants (principalement les femmes qui vont faire le vœu) se baignent dans une rivière, un lac ou un point d’eau sacré.
- La maison est nettoyée de fond en comble.
- On cuisine un premier repas très simple, strictement végétarien, sans oignon, sans ail, souvent à base de riz, lentilles et légumes.
Jour 2 – Kharna - Le début du jeûne
- Les participants observent un jeûne toute la journée (sans manger).
- Le soir, après le coucher du soleil, un repas très précis est préparé et à partir de là, plus aucune nourriture, plus aucune eau jusqu’au matin du quatrième jour.
Jour 3 – Sandhya Arghya - L’offrande au soleil couchant
- Les offrandes sont préparées pendant la journée : fruits, fleurs, paniers.
- En fin d’après-midi, les familles se rendent au bord de l’eau.
- Les femmes entrent dans l’eau (jusqu’aux jambes ou à la taille).
- Elles font une offrande au soleil couchant, en remerciement pour la vie et la protection de la famille.
Jour 4 – Usha Arghya - L’offrande au soleil levant et la fin du jeûne
- Très tôt le matin, avant ou au lever du soleil, les familles retournent au bord de l’eau.
- Les femmes entrent à nouveau dans l’eau.
- Elles font une offrande au soleil levant, symbole de renouveau et de continuité.
- Le jeûne est rompu avec du prasad, souvent partagé avec la famille, les proches et même les inconnus.
- Le partage est un élément central : ce qui a été offert est redistribué.

Parenthèse refermée sur le contexte. De notre côté, on a assisté aux troisième et quatrième jours à Pokhara. Clairement pas le meilleur endroit pour célébrer ces 4 jours, mais on n’a pas réellement calé nos dates sur cet événement. Normalement, si on veut vivre le Chhath de manière très intense, il faut aller dans le Terai, au sud du pays, au plus proche de l’Inde. Malgré tout, il y avait une grosse communauté hindoue présente et on a pu profiter de cette bulle fantastique.
On est arrivés sur place assez tôt, vers 15 h–16 h. On ne savait pas exactement à quoi s’attendre, mais on voyait déjà que quelque chose se préparait. Les gens arrivaient doucement, souvent en famille. On a commencé à voir les processions se former et, très vite, on a compris que ce n’était pas juste un rassemblement ponctuel, mais un vrai moment collectif.

Visuellement, c’est impressionnant. Il y a des couleurs partout. Les saris sont extrêmement colorés. Les femmes sont magnifiques sous les tons de jaunes et de rouges, les offrandes aussi. Ça sent l’encens de partout. Comme dans tout temple hindou, il faut être pieds nus. Les fronts sont marqués pour représenter les traces d’un dieu ou de ce qu’ils vénèrent. C’est un plaisir pour les pupilles, on en prend plein la vue ; même si on ne comprend pas tous les signes, on se doute que rien n’est laissé au hasard.
Ce qui nous a frappés, c’est la façon dont tout se passe sur place. La procession est un amas de paniers portés à bout de bras ou sur la tête ; ça paraît assez désorganisé, ça parle fort, on allume de l'encens partout, on récite des prières. Vu de l’extérieur, cela semble brouillon mais, en observant de plus près, on remarque certaines subtilités.
Dans un premier temps, l’élément central du festival, c’est clairement l’eau. Tout se fait au bord de l’eau et dans l’eau, parce que le soleil vient s’y refléter et s’y coucher. C’est comme ça que l’hommage est rendu au soleil. Ce qui marque aussi très vite, c’est que le Chhath est un rituel tourné autour de la femme. Ce sont les femmes qui font les offrandes. Les maris et les fils passent par elles. Elles entrent dans l’eau, souvent jusqu’à la taille, et viennent faire les offrandes pour leur famille. Une fois les offrandes trempées dans l’eau, elles ressortent et les déposent à côté de celles des autres familles.

Les rituels sont organisés : on prie avec de l'encens, puis avec une pierre, puis avec le panier ; chaque geste est orchestré, chaque mouvement chorégraphié. Une fois les paniers trempés, ils sont remontés sous les tentes pour former des monticules d’offrandes, posées les unes à côté des autres. Pour l’instant, elles restent là. La tradition veut que les familles restent toute la nuit sur place, ensemble, auprès des offrandes. En réalité, beaucoup de gens finissent par rentrer dormir. Le lendemain matin, elles seront reprises et retrempées dans l’eau.
Ce qui est vraiment sympa, c’est le côté partage. En tant qu’Européens, on était vraiment les seuls sur place. On avait un peu peur de se faire refouler dès l’entrée, mais au final on s’est fait accueillir chaleureusement. On a essayé de se faire les plus petits possible, mais c’est dur de faire disparaître une blonde au milieu des Népalais. Au final, les gens étaient curieux, venaient nous parler, nous poser des questions. On n’a pas forcément osé s’asseoir avec eux, mais ils étaient contents qu’on prenne des photos, qu’on assiste à ce moment important. Certains nous ont même invités à prendre le thé avec eux. C’était vraiment un moment de partage, simple, naturel, et une vraie découverte de ces traditions.

Juste à côté, il y avait un temple hindou. Une fois le soleil couché, on a pu assiser au rituel de Surya Aarti, une sorte de danse pratiquée par de jeunes moines. On ne savait pas vraiment s’ils étaient apprentis ou non, car ils étaient vêtus de tenues spéciales. Les mouvements étaient synchronisés et répétés sur les 4 côtés, tantôt avec du feu, des cloches ou des queues de yaks. Le feu ici a une place centrale car il représente la lumière pour Surya, dieu de la lumière et du soleil. Les gens étaient complètement pris par cette consécration ; une fois le feu passé dans les mains des moines, il est présenté aux croyants qui l’attiraient vers eux. Après ce beau moment, on a décidé de rentrer se coucher pour assister au quatrième et dernier jour.

Le lendemain matin, c’était rebelote. On s’est levés très tôt, parce que le rituel se fait aussi au lever du soleil. Et franchement, l’émotion était la même. On a recroisé les mêmes personnes. Les gens revenaient petit à petit sur place. Le rituel se poursuit jusqu’à la nuit dans l’effusion, mais là, au matin, tout reprenait doucement, chacun reprenait lentement sa place jusqu’à rompre le jeûne ensemble à l’aube.
Commentaires ()